Exposition :
Youpi! • centre d'art Chapelle Saint-Jacques
La Chapelle Saint-Jacques accueille, jusqu’au 13 octobre 2007, une exposition de dessins et wall-paintings de Pauline Fondevila et Fleur Noguera.
Youpi ! Le petit personnage P. de Pauline Fondevila occupe, pour l’été, les cimaises de la Chapelle Saint-Jacques où il côtoie l’univers étrange de Fleur Noguera. Ces deux jeunes artistes françaises exilées à l’étranger - Pauline s’est récemment installée en Argentine et Fleur réside à Barcelone - ne nous sont pas inconnues en Midi-Pyrénées. Pauline Fondevila est représentée, à Toulouse, par la galerie Sollertis et Fleur Noguera par la galerie Jacques Girard. À Saint-Gaudens, elles proposent manifestement une joyeuse exposition, en témoigne son titre,YOUPI !, tiré d’une chanson de Richard Gotainer.
À l’entrée, sur la cimaise centrale, Fleur Noguera a peint, sur un fond couleur menthe à l’eau, une énorme cascade jaillissant d’une grotte. De petits carrés blancs, en réserve dans le vert, scintillent et apportent une touche féérique à l’ensemble. Symbole de puissance mais aussi du temps qui passe, la figure de la cascade est représentative du travail de l’artiste pour qui la nature est un univers à part entière. À l’encre de chine sur papier, elle dessine avec obsession des paysages composés de montagnes, forêts, rochers et rivières. L’être humain est quasiment absent de cet univers ; il n’existe qu’à travers les traces qu’il laisse tels des arbres tronçonnés ou des routes balisées. La composition des dessins, cadrés dans des vignettes sans contours, et la tonalité des traits en pointillés véhiculent une ambiance oppressante. L’obscurité d’un sous-bois, un arbre aux branches étrangement penchées, le manque d’horizon dans un paysage de montagne... la nature est représentée dans une intensité dramatique où l’on pressent que, d’un instant à l’autre, tout peut basculer.
En contrepoint, l’univers de Pauline Fondevila est plus aérien. Dans ses dessins, P., un petit personnage féminin - assumé comme le double de l’artiste - apparaît de façon récurrente au milieu de paysages mentaux dont il est le point de départ. Pauline Fondevila compose ses dessins à partir d’une multitude de références : artistiques, musicales, littéraires, populaires ou personnelles qu’elle s’approprie et mixe à la manière d’un « sample musical ». Elle tisse ainsi de grandes compositions, murales ou sur papier, potentiellement développables à l’infini. À la Chapelle Saint-Jacques, elle a investi plusieurs cimaises, et présente dans l’absidiole, de même que Fleur Noguera, une série de dessins sur papier. Le langage graphique de Pauline Fondevila, proche de la ligne claire (trait simple et aplats de couleur) et l’aspect narratif des compositions rapprochent son travail de la bande dessinée1. Cependant, c’est en vain que le spectateur cherche une suite logique à ces dessins qui révèlent plutôt un monde onirique. Ici, des volutes de la fumée de cigarette de P. s’échappe une faune inquiétante : chauves-souris, hiboux, anges noirs, monstres, mille-pattes… L’idée de déplacement et d’évasion est omniprésente. Elle se cristallise à travers des moyens de locomotion tel le bus, le bateau ou la montgolfière2. Le personnage de Spiderman, dont les superpouvoirs lui permettent de grimper et voler d’un endroit à l’autre, est à l’image du langage de l’artiste qui fait se télescoper, en permanence, différents espaces-temps.
La présence dans le même lieu du travail des deux artistes engage un dialogue, comme si le bruit de la cascade résonnait dans le monde d’échos de Pauline Fondevila. L’inquiétante étrangeté des dessins de Fleur et l’univers absurde des compositions de Pauline créent une ambiance lointaine et proche à la fois. La réalité s’éloigne pour glisser vers l’expérience du rêve, et dès lors, comme le chante Gotainer, « la terre peut s'arrêter, nous nous en battons l'œil ».
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1. Pauline Fondevila est l’auteur avec François Olislaeger (dessin) de la BD Little P. in Echoesland, Denoël Graphic, 2004.
2. Inspirée du dessin L’œil-ballon d’Odilon Redon, 1878.





