Exposition :
RITUALES FEMENINOS • Museo Diario de la Capital
Œuvre(s) relative(s) :
LITORAL SUMMER FOLK
Pour parler des dessins le plus pratique est de raconter d'où viennent les motifs qu'ils contiennent, même si je n'aimerais pas qu'ils soient vus comme des sortes de compilations. La sélection de chaque élément et leur composition est autant intuitive que pensée.
Avant chaque série je me constitue une banque d'images en accord avec l'ambiance que j'ai envie de travailler, et qui est toujours lié à un fait ou un moment autobiographique. Alors les dessins se fabriquent, sans croquis ni plan préalable, je fais juste confiance à mon oeil. Je les travaille tous en même temps pour faire monter la série de façon homogène.
Pour Litoral Summer Folk je suis partie d'une sensation d'été, à Rosario, en Argentine, l'été 2011 précisément, aux mois de janvier et février, les plus chauds de l'année, entre noël et le carnaval...
"El litoral" désigne une région de l'Argentine, située le long du fleuve Parana, qui va du nord-ouest, aux confins du Brésil et du Paraguay, Misiones, à la province d'Entrerios, et qui comprend Rosario, la ville où je vis. Plus qu'une zone géographique c'est une culture, avec son imaginaire bien spécifique, dont les éléments les plus emblématiques sont les poissons, dorados, surubis, bogas, pacus, les vipères, les fleurs de camalotes, toute une faune et flore locale, et les divinités, monstres et génies du fleuve, qui en peuplent les eaux.
C'est aussi un état d'esprit, une certaine lenteur dans les déplacements, que provoque la grande chaleur estivale, des coutumes telles que la sieste, le carnaval, la pêche, un goût pour la bière bien fraiche, et un paysage particulier, fait de cette incroyable masse d'eau marron, des iles vertes qui en occupe le milieu, du sable ocre des plages, des soleils couchants roses et mauves sur le fleuve.
Ces vocabulaire visuel du litoral, qu'on retrouvent chez de nombreux peintres d'ici, est mixé avec d'autres images poulaires, relevant d'un tout autre registre, les petites cartes en couleur, porteuses de messages d'amour naifs et au graphisme inspiré des mangas, que vendent les enfants des rues, dans les rues du centre de la ville, et que j'achète souvent le matin en me rendant à l'atelier.
Et puis il y a les chansons, celles de la radio argentine, que j'écoute en dessinant, et celles qui me reviennent au moment de dessiner, bribes de paroles, parfois déformées par mon écoute ou ma mémoire. Ce sont des chansons populaires, cumbia, variété, pop, comptines, berceuses, chansons traditionnelles, ou folkoriques, dont les thèmes sont invariablement l'amour et le désamour.
Au milieu de tout ça, se glissent encore d'autres images, parfois très identifiées, et facilement identifiables, quelques natures mortes, une peinture de Hopper par exemple, et enfin, d'autres fois, des éléments qui font partie d'un répertoire propre beaucoup plus inconscient.
Litoral Summer Folk serait aussi un titre de morceau, ou mieux, le nom d'un festival, ou d'un nouveau courant musical, qui porterait tout ce que je viens de décrire. Et la fois ça désignerait un état d'âme, comme le blues...
Pauline Fondevila
Rosario, le 12 mars 2011





