Exposition :
November Song • Laboratorio 987, MUSAC
Œuvre(s) relative(s) :
November Song (frise)
LA CANCIÓN DE NOVIEMBRE
I will settle into bed. I will sleep. I will not be back. I will think about the future untill I fall asleep.
Colm Tóibín, The south
J'ai un projet pour la nuit
Je penserai au futur
Et je ne dormirai pas
Avant de le voir clairement
Je penserai au futur
J'y penserai jusqu'à ce que je m'endorme
Je ne reviendrai pas
C'est clair
Ce que j'ai laissé derrière moi je ne m'en souviens déjà plus
Combien de cafés ai-je bu aujourd'hui ?
Une journée absurde
Je n'ai rien fait
Je n'ai pas pu
Il est cinq heures du matin
C'est la fin du mois de novembre
Il fait froid
Rien ne peut me faire mal
Je pense pendant un instant à aller faire un tour
Que c'est ce dont j'ai besoin
Je prends mon manteau, mon bonnet
Mes clés, mon briquet
Je descends les escaliers puis je les remonte avant d'arriver à la porte d'entrée
Je m'assied dans le fauteuil
Je m'allume une cigarette
Rien ne presse, j'ai tout mon temps
Je pense à une ville qui donne sur la mer
Je pense à toi, un peu
Je pense que je pourrais manger maintenant
Je pense peut-être boire
Je ne veux pas dormir cette nuit
Je n'ai envie de rien
Je pense à un voyage vers le nord
Je pense à toi et moi dans une voiture
Sur des routes de campagne
Dans des stations-service
Je vois le paysage autour de nous
Je peux écouter les chansons que nous écoutons
Je te prends la main
Tu me demandes une cigarette
Et on se met à parler
Tu me racontes des choses de quand tu étais petit
Et nous rions timidement
Je te demande si tu penses beaucoup
Tu te tais un court moment
Tu me dis que moi je pense trop
Et je te souris
Et enfin nous arrivons à la mer
Nous entendons les mouettes
Et nous nous endormons là tous les deux
Je ne veux pas dormir cette nuit
C'est un pari vaguement imbécile
Je suis ici, je ne m'ennuie pas
Je me demande où tu es et qui est à côté de toi
Puis j'arrête de penser
Moi aussi j'ai quelqu'un à côté de moi
Mieux vaut ne pas y penser
Je n'ai pas envie de mettre de musique
Et en même temps j'ai peur du silence
Je pourrais appeler des gens au téléphone
Je pourrais me mettre à parler toute seule
Mais je n'ai rien à dire
Alors je finis par mettre de la musique
Mais je ne la supporte pas longtemps
Les chansons me blessent l'âme
Je ne reviendrai pas
Je penserai au futur jusqu'à tomber d'épuisement
Et je m'endormirai sans m'en rendre compte
Tu me disais que novembre était le mois le plus important
Le mois où l'on tuait le cochon
Et qu'on en tirait des vivres pour toute l'année
Le mois du sacrifice
Et que tout cela était dessiné
Sur les murs de l'église de San Isidoro





